C’était le 20 mars 2026 : la documentariste Charlotte Bienaimé nous faisait le plaisir de venir à Prades pour le temps fort de notre thématique « Femmes – pouvoir – ruralités ».

Charlotte Bienaimé documente les questions de genre et d’égalité femmes-hommes depuis le début des années 2010. La pensée féministe est sa boussole de son travail. Elle l’a amenée en Afrique du Nord enregistrer les récits de lutte des femmes (Nasawiyat, France Culture, 2014-2015) et l’a guidée dans une cartographie radiophonique exigeante des courants du mouvement féministe (Women’s power, France Culture, 2016). Depuis 2017, c’est sur Arte Radio que Charlotte Bienaimé raconte, chaque mois, des histoires intimes sur les questions de genre et d’égalité femmes-hommes dans Un Podcast à soi. Parmi les 60 épisodes : écoféminisme, paysannes en lutte, les filles du village… L’autrice tisse des documentaires à plusieurs fils entremêlant récit autobiographique, témoignages, paroles de chercheur·euses et textes poétiques.

Devant une salle comble, la rencontre était animée par la journaliste Alice Fabre.

1- Après avoir abordé son parcours, Charlotte Bienaimé nous raconte sa rencontre avec le féminisme. C’était en 2011, pendant la révolution tunisienne, alors qu’elle réalise des portraits de jeunes femmes qui luttent pour leurs droits pour l’émission Les Pieds sur Terre. De « documenter le féminisme » à « documenter en féministe », Charlotte nous explique l’évolution de sa démarche, le passage d’un journalisme de retrait à une écriture documentaire où on explicite le point de vue situé. Elle nous partage les réflexions qui ont précédé la naissance d’Un Podcast à soi, le documentaire mensuel qu’elle réalise pour Arte Radio. Son premier épisode est paru en octobre 2017, quelques jours avant le début de l’affaire Weinstein, et la vague Me Too.

2- Dans un extrait de l’épisode n°50 d’Un Podcast à soi, « Les filles du village, grandir loin des villes », une jeune fille témoigne du manque de transports en communs dans le territoire rural où elle vit, et des problèmes que ça pose, en particulier pour trouver du travail. L’écoute de cet extrait nous mène à échanger sur les problématiques propres aux territoires ruraux, et à ce que signifie grandir (et vivre) en tant que femmes dans ces espaces-là, et parfois s’organiser contre les violences. Charlotte nous explique aussi comment, dans ses épisodes, elle tresse au montage les témoignages individuels et la parole des chercheur·euses, de manière que cette dernière prolonge le propos au lieu d’être en surplomb. Elle nous précise l’importance pour elle de donner à entendre la force du collectif sur les sujets féministes. Comment choisit-elle ses sujets ? C’est aussi une histoire de rencontres, d’opportunités, d’actualités qui croisent des envies qui sont parfois là depuis plusieurs années. Certains épisodes mettent du temps à voir le jour.

3- L’écoute d’un extrait de l’épisode n°11 d’Un Podcast à soi, « Justice pour toutes », et le témoignage de Jocelyne qui raconte la difficulté d’aller porter plainte pour viol dans son village du Lot, oriente la discussion sur l’évolution des représentations concernant les violences sexistes et sexuelles. Charlotte raconte comment ses réflexions sur cette thématique l’ont menée à vouloir creuser le traitement de ces violences par la justice. Grâce à l’intervention d’une personne du public qui raconte la difficulté de gérer les problèmes de violences contre les femmes dans les petits villages, la discussion évolue sur les outils d’organisation, le besoin de créer et partager des ressources pour s’entre-aider, et le besoin de formation pour lutter contre l’omerta et la mise au ban des victimes. Charlotte partage l’initiative de La Syndicale qui voudrait mettre en place des lignes d’écoute pour aider les personnes à réagir et résister.

4- La rencontre se termine sur une thématique plus légère mais tout aussi politique. Nous écoutons un extrait de « Anatomie d’un périnée », l’épisode de février 2026 d’Un Podcast à soi qui explore le périnée, ce muscle méconnu du grand public. C’est en particulier par une de ses amies, qui apparait dans l’épisode, que Charlotte a eu envie de traiter ce sujet, et d’aller interviewer des professionnelles qui prônent des approches différentes de la fameuse « rééducation du périnée ». Les échanges avec le public se poursuivent, au sujet de l’importance de maintenir la pression pour obtenir les moyens ambitieux et des politiques publiques féministes. À propos de son prochain épisode, sur les relations mères-filles, Charlotte nous confie avoir trouvé dans son podcast un « espace à elle », lui permettant de partager un peu de son intimité, comme lorsqu’elle avait fait son coming-out dans l’épisode « Nos désirs font désordre ». La rencontre se conclut sur la lecture de l’introduction de son tout nouvel épisode, « Tout sur nos mères », dans laquelle elle s’adresse à sa mère.

Lors de son séjour en Conflent, Charlotte Bienaimé a également rencontré deux classes du lycée Charles Renouvier et le groupe de podcastrices amateures accompagnées par Beau bruit pour un partage d’expérience. Merci encore à Charlotte pour sa générosité, sa joie et son engagement !

Ces rencontres ont été organisées par BEAU BRUIT en partenariat avec la librairie Libambulle, avec le soutien financier de la DRAC Occitanie et de la Scam, et le soutien technique des Ciné-Rencontres et du Cinéma Le Lido / Ville de Prades.